Le grandpoetryslam 2021 s'est déroulé du 10 au 16 Mai 2021.

17 mai 1871. Butte de Belleville.
17 mai 1871. Butte de Belleville. La belle république sociale et universelle bat de l’aile. Derrière une barricade faite de bric et de broc, on observe Paris en flammes, on entend les détonations du massacre.

Debout sur la table d’une cantine en plein air, un fédéré, pinardier de son état, poète à ses heures, anime une joute poétique. Par dérision on l’appelle capitaine « la flotte ». Pour faire plus court Pilote. Il y a quelques poètes et un public d’ouvriers, de couvreurs, de maçons, de marchandes de soupes… Toutes sortes de petits métiers. Tous armés. Parmi eux, une blanchisseuse. Elle s’appelle Jeanne Marie. Elle a de fortes mains. Elle a été choisie dans ce jeu improvisé pour élire le poète gagnant.

Le capitaine appelle un premier poète sous les applaudissements. Il commence à déclamer : ça parle de temps des cerises et de merle moqueur… C’est joli.

« Tu devrais en faire une chanson », lui dit la blanchisseuse. Au milieu de l’attroupement populaire, le poète pinardier aperçoit un grand gamin dégingandé, l’air boudeur. « Tu veux dire un poème ? » Lui demande Pilote. Sans répondre, le jeunot monte sur la table et, tout en fixant des yeux les mains de Jeanne Marie récite les 27 strophes du bateau ivre. A la fin, le capitaine qui somnolait décrète « C’est trop long ! ». Et Jeanne Marie rajoute : « Moi ça me rappelle mon bonhomme de marinier qui était tout le temps bourré. » « Comme on n’est pas des versaillais, on ne va pas te coller au mur ni te crever les yeux avec une ombrelle, mais bon tu reviendras une autre fois. Applaudissez le poète ! », S’exclame le pinardier.

Et pour consoler le perdant, lui dit à l’oreille : » Le meilleur poète ne gagne jamais ! ».

On ne sait pas qui gagna cette joute poétique. On a oublié. On avait d’autres soucis derrière la barricade. Les versaillais approchaient. Quelques uns restèrent. D’autres préférèrent rester vivants. Ainsi fit le poète pinardier qui préférait les poètes vivants plutôt que morts dans une bibliothèque.

Le jeune poète repartit chez sa mère à Charleville Mézières, se demandant s’il ne fallait pas mieux arrêter là sa carrière de poète et partir faire du commerce du côté de Harar. Surmontant sa déception, assis sur le bord du chemin, il pensa aux mains de Jeanne Marie et commença à griffonner des vers. Le capitaine la flotte s’exila en Suisse. Il se reconvertit horloger, tout en réfléchissant à des règles plus précises pour son jeu de poésie. Voilà pourquoi 150 ans plus tard, tous les mardis (sauf covid), à Belleville, à 21h30 précises, les poètes ont 3mn10s maximum pour déclamer leurs poèmes. Et c’est pourquoi tous les ans, des poètes du monde entier, en chair ou en zoom, viennent sur la butte et que Belleville se proclame république universelle de ceux qui aiment dire et écouter des poèmes.

Vive la commune ! Vive Belleville ! Vive la poésie ! Vive le slam !

Et comme disait toujours ma grand mère : « Allez vous laver les mains ! »
P.L.H

17th May, 1871. Belleville on the hill.
17th May, 1871. Belleville on the hill. The socialist, universal AND beautiful republic is singing its swan song. Behind the nick-nack barricade, Paris is burning and the massacre begins.

Standing on a canteen table outside, a citizen-soldier, professional wine merchant, amateur poet, hosts a poetical jousting match. They call him derisively “Captain Fleet” – but to save time, his name is Pilote. There are a few poets and a crowd of builders, roofers, stonemasons, soup sellers and others. All kinds of workers. All armed. Among them, a washerwoman, who goes by the name of Jeanne Marie. She’s got strong hands. She was chosen in this makeshift competition to elect the winning poet.

The captain calls up the first poet and everyone applauds. He starts to recite – his poem talks about the time of wine and roses and blackbirds. Very pretty.

“You ought to sing a song,” says the washerwoman. In the middle of this working-class gathering, the wine-merchant poet espies a tall, sulking, lanky lad. “Wanna read a poem?” asks Pilote. Without responding, the whippersnapper gets up on a table and, all the staring at the hands of Jeanne Marie, recites the 27 stanzas of Le Bateau Ivre. At the end, the capitan, who had been dozing, decrees “It’s too long!” And Jeanne Marie adds, “That reminds me of my bloke who was a sailor and drunk all the time”. Because we’re not from Versailles, we’re not going to nail you to the wall and stab your eyes with a parasol, but you’ve got to come back some other time. Applaud the poet!” the wine-merchant exclaimed.

To console the loser, he also said to him “The best poet never wins!”

It is not known who won this poetic jousting match. It is forgotten. There were other concerns behind the barricade. The Versailles soldiers were coming. Some remained. Others preferred to stay alive. Just like the wine-merchant poet, who preferred his poets living instead of being dead in a library.

The young poet went back home to his mother at Charleville Mézières, wondering if it wasn’t better to stop his career as a poet there and go away to do business in Harar. Getting over his disappointment, sitting on the side of the road, he thought of the hands of Jeanne Marie and began to scribble some verses. The captain of the fleet went into exile in Switzerland. He retrained as a watchmaker, all the while concocting more precise rules for his game of poetry. This is why, 150 years later, every Tuesday (COVID notwithstanding), at Belleville, at 21h30 sharp, poets have precisely 3 minutes and 10 seconds to recite their poems. And this is why every year, poets from all over the world, in the flesh and on Zoom, come to the hill to compete in the poetical jousting match and this is why Belleville is proclaimed the universal republic of those who love saying and listening to poems.

Long live the Commune! Long live Belleville! Long live poetry! Long live slam!

And as my grandmother always used to say: “Go and wash your hands!”
P.L.H.